Anton Tchekhov

L'auteur et le metteur en scène

Sophie-Iris Aguettant

ÉDECIN et écrivain. Apparemment une double vocation, la légitime et l'aventureuse. Il les mène toutes les deux de front, avec générosité, pour faire vivre ses proches, jusqu'à trente ans, jusqu'à cette incroyable action humanitaire, scientifique et littéraire en Sibérie, auprès des forçats de Sakhaline, par pure obéissance à un élan de l'âme. Quelques autres voyages, l'Italie, la France, des avis autorisés d'amis, et la certitude enfin que son véritable destin est celui d'homme de lettre, sans abandonner pour autant l'engagement humanitaire. Il exerce alors la médecine à titre gratuit et soigne autour de lui les victimes de la famine et du choléra ; il s'occupe d'école, il crée un dispensaire, une bibliothèque pour les petites gens de sa région et écrit avec abondance.
Ses contes, ses récits, avec une extraordinaire profusion d'images et de situations, si proches de la vie où tout se mélange, « le profond et l'insignifiant, le sublime et le ridicule », son théâtre si marqué par l'humour, obéissent à cette même passion de soulager, de libérer, passion presque froide, sans lyrisme  : « Je voulais dire honnêtement aux personnes : " Regardez-vous. Voyez comme vous vivez mal, noyés dans l'ennui." Si les gens parviennent à me comprendre, ils ne manqueront pas de créer une autre vie, une vie meilleure ».
Artiste, sa préoccupation essentielle n'obéit donc pas à un souci d'ordre moral. Tchekhov agit et écrit par compassion et par empathie profonde, en raison sans doute de l'expérience intime de sa maladie, la tuberculose qu'il découvre à vingt-cinq ans et qui devait l'emporter à quarante-quatre ans, en 1904. Il sait la précarité d'une vie en sursis, la fragilité extrême des bonheurs humains, et cette conscience que l'on croit souvent désabusée, par scepticisme, incroyance ou excès de lucidité, est chez lui toujours vibrante de bonté. Aucun de ses personnages n'est définitivement condamné. « L'artiste, écrit-il, ne doit pas être le juge de ses personnages ni de ce qu'ils disent mais seulement le témoin impartial. » Aussi la plume - il écrit
La Cerisaie avec difficulté, pendant ses trois dernières années, avec les plumes d'or que lui a offert Némirovitch - a-t-elle à la fois la précision du scalpel, dans l'observation de notre incommodité existentielle faite d'ennui et de poésie, et le secret espoir de libérer les destinées de la violence et du mensonge qu'il hait sous toutes ses formes. Rien ne lui échappe. Le Tchekhov de La Cerisaie a le regard agrandi et purifié de ceux qui s'en vont et qui voient tout. Le détachement de l'enfance, du jardin tout blanc, de la maison vieillie, cet abandon est-il le vrai secret que ses habitants emportent comme viatique, chacun dans sa « vie nouvelle » ? Tchekhov suspend la réponse. C'est avant ce départ que l'homme l'intéresse et qu'il l'accueille, puisque son credo d'artiste tient en ces quelques mots :  « Offre aux hommes d'autres hommes, pas toi »
nJean-Luc Grasset 

ÉE en 1951. Après trois ans au Conservatoire d'Art Dramatique de Lyon, elle a travaillé avec Jean Meyer aux Célestins, Jean-Yves Picq et diverses compagnies lyonnaises. En 1973, elle participe à deux créations à Avignon (Miguel Mañara de O.V de L. Milosz en 1974 et le Grand Théâtre du Monde de Calderon de la Barca en 1975). En 1978, elle met en scène Renaud et Armide de Jean Cocteau pour le festival de Briançon. Après des années consacrées à la formation théâtrale, elle écrit Amour et Colère en 1984, d'après un argument dramatique de Calderon. Elle y incarne le personnage de Rosaura. La pièce est jouée plus de cent fois en tournée (Paris-Lyon-Milan). De 1986 à 1990, elle écrit et met en scène un grand spectacle d'expression populaire, Messe des Travailleurs, joué par les habitants du Creusot et de Montceau-les-Mines sur le site du Creusot, au Théâtre Romain de Lyon puis sur le carreau de mine de Roselay, et réalise en collaboration avec FR3 Bourgogne un moyen métrage de cette aventure. Suivront deux autres expériences de création d'un spectacle d'expression populaire dans les poblacions de Santiago du Chili et à Québec.
En 1996-97, elle joue le rôle titre dans
Phèdre de Racine à Lyon, Paris, Québec. En 1997, elle met en scène l'Alouette de Jean Anouilh, joué à Lyon, à Paris, au Festival d'Avignon 98 et en tournée en France, en Suisse et en Belgique.
En 1999, elle met en scène
la Cerisaie. En 2000,elle interprète le rôle titre dans le Baron de la Crasse, et en 2001, elle prépare une adaptation du journal d'Etty Hillesum : Etty, une vie bouleversée, mise en scène par Cécile Maudet. n

ç Page précédente

Retour à l'index